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Les sentiers de l’Utopie

vendredi 3 juin 2011, par Webmestre

« Les Sentiers de l’Utopie » - rencontre avec John Jordan et Isabelle Fremeaux

http://article11.info/spip/Les-Sentiers-de-l-Utopie-rencontre

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Leur plus belle rencontre ? L’école anarchiste Paideia, qui existe depuis 29 ans à Merida, dans le sud de l’Espagne. Un lieu unique où des enfants de 18 mois participent à des assemblées générales pour régler les problèmes de groupe. Leurs valeurs : « Egalité, justice, solidarité, liberté, non-violence, culture, et bonheur. » Loin, très loin, des poncifs en matière d’éducation : « Quand on passe six heures par jour pendant douze ans dans un endroit où l’on n’a quasiment pas son mot à dire sur quoi que ce soit, où être dirigé est la seule chose que l’on connaisse, une forte passivité devient la norme… », regrettent-ils. Et de décrire – à l’inverse – ces classes de Paideia où « une demi douzaine d’élèves assis à des bureaux disposés en cercle se font face. Chacun avance dans son travail. Certains sont très concentrés sur la rédaction de fiches, tandis que d’autres bavardent ». Jara, une adolescente, s’enthousiasme : « Beaucoup de nos amis sont jaloux parce que nous n’avons pas d’examens, et donc nous n’échouons jamais. » Les élèves se soulevèrent un jour, avant de faire machine arrière une semaine plus tard : « Diriger l’école sans les adultes, c’était trop de travail. » Le secret de la réussite de l’école ? Un partenariat bien dosé entre adultes et enfants, chacun bénéficiant de droits similaires.

À Marinaleda, John et Isa découvrent un village de 3 000 âmes où, au lendemain de leur arrivée, est proclamée une grève générale. Un mouvement visant à accompagner le maire Gordillo et son conseil municipal devant les tribunaux. Dans ce village, on a récupéré, après force grève et occupations, quelques 1 200 hectares. Des terres arrachées aux 17 000 hectares que possède le duc d’Infantado. Une sorte de municipalisme libertaire cher à Murray Bookchin est en route : les maisons sont construites collectivement, et il n’en coute que 15 euros par mois pour devenir propriétaire dans ce paradis immobilier géré par le CUT, le Colectivo de Unidad de los Trabajadores.

À quelques différences près, l’expérience de Zrenjanin, en Serbie, où les ouvriers ont repris le contrôle de leurs usines, ressemble à cette expropriation andalouse. Sauf qu’eux sont les propriétaires effectifs de leurs usines. La transition vers le capitalisme les avait laissés sur le carreau : les nouveaux actionnaires cherchaient à se défaire des moyens de production et de cette charge que représentaient pour eux les employés ; ces derniers ont protesté en activant tous les ressorts possibles de la contestation. Aujourd’hui tout refonctionne – avec les ouvriers pour unique dirigeant.

John et Isabelle ont aussi visité un squat, pour explorer l’abolition de la propriété. Entre mille lieux possibles, ils ont choisi Can Masdeu, un squat immense où des jardins jouxtent de très vastes bâtiments. Avec ses occupants, ils ont évoqué – en toute franchise – la question des relations internes, du vol, de l’autonomie en légumes toute l’année, ont causé de la boulangerie que font fonctionner les squateurs, et sont longuement revenus sur la façon dont ils s’étaient fait des alliés du voisinage. Can Masdeu, c’est aussi le lieu d’où sont parties de brillantes initiatives en matière d’activisme : l’approche Yomango du vol à l’étalage, ou des rencontres comme Reclaim the Fields où on retrouvait le Robin des Banques Enric Duran. Quant à la vie collective, elle est – elle aussi – exemplaire : pour seule règle, celle de prêter main forte à l’animation et à l’entretien du squat, deux jours par semaine, et de cuisiner un repas collectif hebdomadaire. Une solidarité paisible. Loin du combat qu’a nécessité l’ouverture de Can Masdeu : le lieu a été en effet conquis de haute lutte, avec un siège quasi médiéval (et infructueux) des forces de police pendant trois jours. « Les habitants avaient décidé de résister à l’expulsion de manière non violente mais déterminée. Sur le toit, ils avaient ainsi construit des trépieds en haut desquels ils étaient hissés. » Impossible de les en déloger.