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L’historique

mardi 29 mars 2011, par Webmestre

Les CREPSC sont nés en 1989.

Jusque là un certain nombre d’instituteurs en classe unique vivaient tranquillement et discrètement. Leur seul problème était que l’effectif ne descende pas au dessous de 9, seuil fatidique d’une certaine "grille Guichard" instaurée par ledit ministre de l’Education Nationale. Au-dessous de ce seuil l’école était fermée automatiquement. C’est en 1989 qu’un instit savoyard découvre dans "le journal des maires" les conclusions brutales d’un certain Monsieur MAUGER, nouvellement chargé de mission par le ministre de l’Education Nationale de l’époque (Lionel JOSPIN) : Les classes uniques sont néfastes pour les enfants, mauvais résultats scolaires, enfants peu autonomes, peu préparés au monde moderne. A court terme il faudrait qu’il n’y ait plus d’écoles primaires ou maternelles de moins de 3 classes. Le regroupement dans une école centrale est la meilleure solution.

Comme par hasard la classe unique archaïque de cet instituteur travaillait depuis plusieurs années avec la télématique, la photocopieuses, les ordinateurs, faisait partie d’un vaste réseau créé en 1985 sans aucune aide et dans l’indifférence complète de l’administration, et pratiquait une pédagogie que l’on voit aujourd’hui préconisée jusqu’à la télé !

Les loups sortent des bois !

L’information était immédiatement transmise via le réseau télématique composé justement d’un très grand nombre de classes rurales. Il y avait une telle différence entre les affirmations péremptoires de Pierre MAUGER et la réalité de ce qu’ils vivaient que ce fut un véritable choc .... et les loups sont sortis du bois ! 3 instits de la Vienne cogitaient la création d’une association, les informations circulaient via le réseau télématique de ces petites écoles "archaïques", une petite bande se retrouvait à CARMAUX en avril 89, à l’occasion d’une rencontre de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne. Les statuts d’une première association appelée "Association pour la Défense et la Promotion de l’Ecole Rurale (ADPER)" étaient déposés.

Au début ils n’étaient que ... 2 ou 3 et personne n’aurait parié 1 centime sur leurs chances de réussite ! Dans les mouvements pédagogiques on mettait même souvent en doute la validité de leur combat ! Mais c’est Pierre MAUGER qui, bien involontairement, leur vint en aide : convaincu d’avoir raison, il déclenchait l’expérimentation de ses propos dans 7 départements dits "pilotes". Il aurait dû, dans ces départements, y avoir une concertation à tous les niveaux. Comme toujours la concertation se limitait aux responsables départementaux et elle se soldait à la rentrée 90 par des suppressions massives à la grande surprise de ceux qui étaient directement intéressés (parents, élus, enseignants). Et partout se créaient des comités de défense formés essentiellement de parents et d’élus. Il y eut même des résistances célèbres comme celle de St-MARTIAL D’ALBAREDE où une classe sauvage était organisée pendant 1 an.

Par la magie du téléphone "rurale", tous ces groupes y compris l’ADPER se retrouvaient, un dimanche froid de Novembre 89 dans un petit village de la Creuse (VALLIERE). Et la résistance tenta de s’organiser. Ce fut bien difficile tant les motivations des uns et des autres étaient différentes. Parfois purement politiques, parfois nostalgiques, parfois simplement instinctives, parfois confuses. Les 2 instits de la Vienne représentant l’ADPER y présentaient pour la première fois leur stratégie : défendre les petites écoles pour les raisons inverses affirmées par Pierre MAUGER : non seulement elles sont des lieux privilégiés pour l’éducation des enfants de par leur nature même, mais elles sont aussi les lieux où il est le plus facile de sortir d’un archaïsme qui, en réalité, est celui de tout le système scolaire.

La résistance s’organise

Le problème de tous ces "résistants" était le manque d’arguments face à l’administration et même face à l’opinion en général, convaincue du bien-fondé des solutions concentrationnaires. B. COLLOT rédigeait et diffusait alors une "contre-analyse" du rapport Mauger auprès d’eux . C’est cette contre-analyse qui allait servir de base à la lutte. Et, en moins de 2 mois, sans moyens, les représentants de 25 départements se retrouvaient dans un premier colloque sur l’école rurale organisée dans la Vienne (colloque du VIGEANT) par l’ADPER et PEMR (Promotion de l’Ecole et du Milieu Rural) dont le président, Yves JEAN devait devenir plus tard président de la Fédération de l’Ecole Rurale. Colloque inoubliable pour tous ses participants, enseignants, parents, élus venus d’un peu partout et seuls acteurs de cette manifestation. "C’est extraordinaire, je ne sais plus qui est instit, qui est parent, qui est maire" a pu dire une mère de famille enthousiaste.

Dans la foulée, en Juin 1990 à l’AUPEPIN dans le Rhône, était fondée la Fédération Nationale de Défense et de Promotion de l’Ecole Rurale. La stratégie de la FNDPER allait être celle préconisée par les futurs CREPSC : défendre les petites écoles parce que c’était là qu’une vraie transformation du système éducatif était possible... et le démontrer. Une partie des premiers militants de l’école rurale, ne voulant pas que l’on prononce même le mot de "pédagogie" disparaissait.

C’est bien de pédagogie dont il faut parler

Et c’est bien en "attaquant" là où personne ne s’y attendait, c’est à dire la pédagogie, qu’était organisé, en avril 93, en à peine 3 mois, le colloque de CROZON, "Ecole rurale, école nouvelle". Avec l’aide de "SOS Ecoles rurales" la FNNDPER et les CREPSC allaient créer ce grain de sable qui souvent suffit à enrayer les machines. A la surprise générale, des grands noms venaient apporter de l’eau au moulin des classes uniques : Philippe MEIRIEU, Hubert MONTAGNER, Per-Jakès HELIAS, Eric DEBARBIEUX, Paule LEBOHEC, Michel AUTHIER et les innombrables praticiens venus d’une cinquantaine de départements y firent voir l’école sous un angle bien souvent inconnu du grand public. Les classes uniques tant décriées se trouvaient très souvent .... à la pointe de la pédagogie préconisée par les pédagogues contemporains. Et même, parfois, elles étaient au-delà ! Françoise OEUVRARD, sociologue chargée par le ministère de l’EN d’études sur les résultats scolaires des petites écoles venaient enfoncer le clou : Les résultats des petites écoles étaient au moins aussi bons, et peut-être même légèrement supérieur à ceux de leurs homologues urbaines. Il s’agissait de statistiques... officielles, tellement dérangeantes qu’elles furent gardées quelque temps confidentielles.

Le doute était-il enfin entrer dans les couloirs ministériels ? toujours est-il que le moratoire arrêtant la destruction massive des petites écoles était enfin décrété.

L’ADPER devenait les CREPSC, la revue "Ecole rurale, école nouvelle... communautés nouvelles" prenait la suite d’un bulletin plus ou moins sauvage qui avait servi de lien jusque là à tous. Quelques-uns prenaient leurs bâtons de pèlerin et portaient une autre vérité dans des congrès ou colloques fort divers, et même à la radio ou à la télé. On ne peut dire que le courant était renversé, mais il était au moins enrayé. La petite école rurale était regardée d’une nouvelle façon et surtout beaucoup moins avec la nostalgie d’un monde révolu mais plutôt avec la perspective d’un monde à changer.

Et puis en 1995 les CREPSC avec l’INRP (Institut National de la Recherche Pédagogique) et le Parc Naturel du Vercors organisaient le colloque d’AUTRANS : "Ecole rurale, Communication et Technologies Nouvelles". Cette fois des organismes institutionnels s’associaient à cette idée d’une école rurale fer de lance d’une transformation de la pédagogie. Inspecteur d’académie, directeurs de CRDP, d’IUFM n’hésitaient plus à y paraître. Voir les actes du colloque d’Autrans en quasi intégralité.

Rien n’est gagné encore. Mais que de chemin parcouru depuis un fameux jour où, 2 personnes (Yves JEAN et Bernard COLLOT) étaient reçus au Ministère par le successeur de Pierre MAUGER et, dans le TGV qui les ramenait sur Poitiers, se disaient "S’il savait que nous ne sommes pas beaucoup plus que ... 2 !"