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SAM, le casque bleu

vendredi 18 novembre 2011, par Webmestre

Lorsque chacun fait partie d’une vaste école qui recouvre presque la planête, non seulement lire, écrr prend tout son sens, mais on a vraiment l’impression de faire partie de l’humanité, de faire l’humanité qui est, d’abord, communication et solidarité.

Réseau de communication : complexité et structure.
Le réseau "TéléCOOPicem" s’est développé depuis 1985 et a succédé aux circuits de correspondance naturelle à bout de souffle.

Courrier émis le 21.02 à 14h45
Emett. RIEC
Objet. SAM
Sam, le frère de Gaelle qui était casque bleu, va venir mardi dans notre classe. On lui a organisé une petite fête. Si vous voulez lui poser des questions, vous pouvez les faxer. Il sera là à partir da 14 heures.

Le but unique de ce réseau qui s’est complexifié au cours des ans a toujours été "la communication" sous quelque forme que ce soit.
L’épine dorsale en est le serveur télématique et plus particulièrement la messagerie qui permet de coordonner les actions en cours, d’accueillir tous ceux qui désirent s’immerger dans le flux de la communication tout en laissant à d’autres le choix de s’arrêter au bord du chemin pour souffler ou simplement regarder.
Grâce à cela, chaque jour voit arriver dans la classe un flot d’informations qui sont matière à débats, échanges et travaux divers et parfois font entrer une fantastique bouffée d’oxygène dans le quotidien. Une des demières en date est pour nous la rencontre avec "Sam le casque bleu".
Cet exemple, outre le formidable intérêt qu’il a suscité chez les enfants sur un dramatique sujet d’actualité, permet aussi de mettre en évidence la multiplicité des liens qui unissent les différents nœuds du réseau et la diversité des supports d’échanges.

Sam le casque bleu : première époque.

Sur la messagerie classe, Gaèlle, élève de la classe de Riec sur Belon signale que son frère Sam est casque bleu en Bosnie.
Pas de réaction de la part des enfants de ma classe. J’en profite juste pour situer le lieu de conflit sur la carte du monde. Par rapport à Riyad (Arabie Saoudite) avec qui nous échangeons, cela semble diablement plus proche.
Quelque temps plus tard, nouveau message de Riec. La fillette annonce avec plaisir qu’elle est tata vu que son frère Sam (oui celui qui est... ) vient d’avoir un bébé.
Longs échanges en classe sur les oncles et tantes. Pas un mot sur le conflit de Bosnie, mais... Sam n’est plus un inconnu pour les enfants. Il y a place pour lui dans la mémoire du groupe.

Courrier émis le 26.01 à 11h10
Emett. SOUEICH
Objet. SARAJEVO à RIEC
Pouvez-vous nous dire comment nous pouvons envoyer des messages et peut-être un colis de tout le village aux enfants de Sarajevo ? Nous voulons nous aussi leur témoigner notre solidarité.
Les 4 CM2 de Soueich

Sam le casque bleu deuxième époque.

Quelques échanges de messages plus tard, routine quotidienne pour les enfants, un nouvel élément du réseau rentre en action le télécopieur. Riec annonce que Sam va venir en classe répondre aux questions que nous voudrons bien lui poser. Nos fax seront les bienvenus.
Toute l’imprégnation des messages télématiques antérieurs apparaît alors car la prise en compte de ce fax est immédiate. Les enfants ont des questions à poser à Sam. Nous listons les interrogations, les traduisons par écrit et deux CE1 se chargent de taper la liste qui sera faxé pendant que Sam sera là-bas dans la classe de Riec.
Les hasards de l’emploi du temps font que par un apparent manque de chance, nous devons partir à la piscine au moment où Sam arrive dans la classe de Riec. Il y a comme un regret dans l’air de ne pouvoir participer à la fête.
Deux jours plus tard, nouveau fax de Riec et heureuse surprise. Nous apprenons que l’entretien avec Sam a été enregistré et que nous pouvons soit attendre que les enfants aient décrypté la cassette, soit recevoir une copie de l’enregistrement (apparition d’un nouveau support magnétique qui va transiter par le circuit postal traditionnel).
Les enfants ont aussitôt faxé qu’ils attendaient la cassette avec un enthousiasme nourri par un autre échange du réseau : les émissions radio de l’école Martinon de Gradignan avec un feuilleton sur la machine à voyager dans le temps digne des plus belles heures de Zappi Max, émission qu’ils ne se lassent pas d’écouter.

Courrier émis le 28.01 à 14h29
Emett.RIEC
Objet. Sarajevo Pour Soueich et tous
Mon frère part lundi à Sarajevo. Ce n’est plus possible de lui envoyer des lettres. Si mon frère téléphone, ma maman va lui demander comment on peut faire pour continuer à envoyer du courrier aux enfants de Sarajevo. Peut-être qu’un de ses copains pourra le faire à sa place.
Gaëlle

Sam le casque bleu : troisième époque.
Malgré le délai postal, l’intérêt n’est pas tombé. Dés l’arrivée du paquet sur le bureau, la cassette a été introduite dans le lecteur et nous avons commencé à écouter les questions des enfants de Riec et les réponses claires et bien à la portée des enfants de Sam.

Emett. RIEC
objet sarajevo
Pour Soueich, ST-Simon et tous
ça y est, nous avons une adresse pour envoyer des lettre" à Sarajevo. Nous nous chargeons recupérer les lettres pour Sarajevo. Vous nous envoyez les lettres et nous les enverrons à Sarajevo.
Laura CE2

Premier émoi : tout à coup on entend en fond sonore la sonnerie du téléphone suivie quelques secondes après du bip caractéristique de fin de réception d’un fax... "C’est notre fax qui arrive "s’écrit Clémence la responsable des expéditions. Pas de chance, c’était celui de l’école de Trégain (ville de Rennes). J’ai senti à ce moment là un peu de déception mêlée au secret espoir que peut-être, bientôt, c’est certain, cela allait être notre tour.
Nous avons continué à écouter la cassette par petites séquences de 5 à 10 mn selon l’attention des enfants. Chaque jour, l’audition était demandée dès le "quoi de neuf" du matin. D’autres fax sont arrivés, toujours pas celui de Pollionnay et puis presque à la fin de la bande magnétique, nouvelle sonnerie suivie à son tour par le signal de fin de réception. L’attente était à son comble dans l’auditoire. Soudain le bonheur a jailli sur les visages. "C’est un fax de Pollionnay" a dit une voix enfantine et aussitôt Sam a commencé à répondre à nos questions.
J’ai eu le sentiment qu’à cet instant là, le temps et l’espace étaient abolis. Nous étions là-bas dans l’autre classe et Sam était là devant nous et c’était chaque enfant de Pollionnay qui posait la question, et c’était à chaque enfant que l’adulte répondait. Bref, c’était encore plus magique que du direct.

Sam le casque bleu quatrième époque.

Retour au concret et au rationnel : le lendemain, quand même, Yoann a voulu retrouver dans nos archives le fax de nos questions pour vérifier si Sam avait bien répondu à chacune d’elles. Comme quoi, il n’avait pas laissé la technique lui faire perdre de vue l’essentiel. Et nous avons reparlé de la guerre là-bas, sans oublier d’écrire à Sam pour le remercier de nous avoir informés. Il faut noter que pour les enfants, les machines n’ont été QUE des moyens de communiquer. Plus je les regarde se comporter vis à vis d’elles, plus je me rends compte que seuls les adultes éprouvent des sentiments d’inquiétude et de rejet parce qu’ils ordonnent les moyens de communication suivant une hiérarchie subjective que n’utilisent pas les enfants.

Courrier émis le 15.03 à 12h23
Emett. ST BONNET
Objet. Sam
Est-ce que quand le frère de Gaëlle est venu vous avez enregistré ce qu’il a dit ? Si oui, pouvez-vous nous l’envoyer parceque quand il est venu, nous étions en vacances et nous n’avons pas pu poser de questions.
Véronique CM1

Et maintenant.

D’abord, les discussions sur le conflit en Bosnie éclairées par les réponses de Sam qui ne s’est jamais dérobé devant les questions mais qui a su y répondre avec beaucoup de recul dans un langage très accessible (même pour mes C.P.) ont largement dépassé le stade de l’évocation d’un fait divers.
Ensuite, Sam fait partie de leur univers, il est un point référent pour eux maintenant. Notre environnement a donc été modifié.

Mais où est le réseau dans tout cela ?

Il est dans les lectures quotidiennes de messages, dans les discussions qui en découlent, dans les désirs de répondre des enfants, dans la cassette vidéo sur les Mérovingiens (autre exemple d’interaction entre messagerie, télécopie, courrier et film vidéo), dans l’émission radio de Martinon, dans les fax de St Bonnet, de Givors et dans le Bihebdomadaire de La Bergerie.
Beaucoup de mouvements d’infos qui font qu’à certains moments l’étincelle de l’exceptionnel jaillit et chasse la grisaille. Il y a eu les messages à la mer (qui voguent toujours), l’observation des chevreuils dans les bois (certaines classes, un an après, réalisent ce projet), Yoann qui a pu parler de la mort de son petit frère avec d’autres enfants de tous âges du réseau, etc...
Chaque année, il y a un ou deux (trois c’est exceptionnel) moments où les énergies convergent soudain et permettent de déclencher une ouverture nouvelle dans l’enthousiasme et le plaisir de travailler et de communiquer.

Une seule règle pour obtenir cela :

Organiser et structurer la classe pour faire de la communication avec les autres l’objectif primordial, celui qui fera que l’on aura le désir de savoir lire et écrire. Tout l’environnement technique (fax, minitel, ordinateurs etc...) est nécessaire certes mais non pas suffisant. Il nous permet seulement de raccourcir le temps, de distordre les distances et de multiplier les contacts.

Un seul moyen pour obtenir cela

lire chaque jour les messages contenus dans la boîte aux lettres.
Les lire aux enfants d’abord, les laisser lire plus tard, ne rien brusquer, attendre, et ne pas se décourager (voir article sur le travail au quotidien page 38).
Le serveur télématique est le seul outil qui permette à la fois de diffuser des infos très largement et de les lire sans obligation de répondre. Chacun vit dans le réseau à son rythme. C’est pourquoi il est facile de s’y glisser ou de s’en sortir sans gêner personne. Chacun peut s’y essayer sans coûter du temps militant, sans créer des surcharges de travail, sans mettre en péril l’activité des autres.
Mais la messagerie seule ne serait qu’un artifice si elle ne pouvait être relayée dès que nécessaire par d’autres supports choisis en fonction du type de communication en cours.
Je ne "pratique pas la télématique" (ou l’informatique), je "communique."
Dès que le contact est établi, nous utilisons le ou les moyens les plus adaptés au travail en cours. La richesse et la diversité de chaque classe, noeud du réseau, font que nous avons une infinité de possibilités permettant d’envisager l’avenir avec une certaine confiance pour peu que le serveur reste opérationnel et améliore ses performances.

Pollionnay le 12 Avril 1994
Roger Beaumont