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Promouvoir des Petites Structures Urbaines.

jeudi 17 novembre 2011, par Webmestre

Pierrick DESCOTTES, enseignant très connu de Rennes, correspond à ce qu’on appelle un "praticien-chercheur". Il est un spécialiste" de la banlieue ; il revient d’ailleurs de Russie où il a organisé avec Christian LEGO une série de stages de formation dans un pays qui n’est... que banlieues.

Aujourd’hui, dans la mouvance Freinet, les CREPSC sont indéniablement la minorité la plus percutante sur le terrain politique (au sens où son action a des conséquences et des perspectives immédiates de société). Et la taille de son noyau actif n’a ici que peu d’importance. On connaît l’influence des minorités actives, convaincues, surtout quand elles sont en prise avec les réalités du moment, pour le meilleur comme pour le pire d’ailleurs
Mais là, il faut avouer que la lutte en vaut la peine, dans la forme (cf la stratégie employée) comme sur le fond. La preuve, me voilà influencé du fond de ma Zup). Je sais, c’est pas difficile, m’enfin quand même. Je suis souvent très intéressé par les échanges du réseau CRESPC.

Aujourd’hui, je partage intimement la conviction que les petites structures et les classes à plusieurs cours qui vont de pair sont non seulement plus humaines mais aussi plus efficaces pédagogiquement. Dans mon école Freinet à huit classes implantée dans une ancienne ZUP, j’ai hérité depuis trois ans d’une classe à double cours... Malgré les effectifs que je juge encore trop élevés (autour de 25 chaque année), je ne me séparerais aujourd’hui à aucun prix de ce genre de classe. Si les effectifs s’y prêtaient, nous sommes même plusieurs à l’école à opter pour des classes a trois cours.

nécessité d’une histoire

Dans ce types de classe, il se crée une culture qui s’enrichit chaque année. On a le temps de cerner chaque gamin, en particulier ceux en difficulté. Au niveau des apprentissages. elle permet à ces derniers des mises au point ponctuelles en revenant sur certaines notions avec les niveaux inférieurs, et inversement, aux plus jeunes les mieux avancés de "pomper" ce qui se fait au(x) niveau(x) supérieur(s).
Enfin, et c’est un des arguments défendus par les CREPSC. on est obligé dans ce contexte d’organiser la classe et, partant la pédagogie autrement en laissant notamment une part plus importante à l’autonomie responsabilisation des enfants.. Et cette organisation forcément différente limite les risques d’incompatibilité d’humeur maître-élèves qui pourraient être préjudiciable à ces derniers et qui sont peut-être le principal inconvénient de ce genre de classes. A 8 classes, nous atteignons par ailleurs la masse critique. Nous en avons bien conscience et c’est pourquoi nous refusons depuis quelques temps beaucoup d’enfants hors périmètre pour éviter une ouverture de classe. Quand je vois déjà la difficulté que nous avons à trouver l’espace nécessaire pour nos activités déconcentrées ou encore les lenteurs inévitables du fait du nombre de classes et de matériel peu performant, il faut l’avouer, dans la réalisation du journal d’école. Nous sommes à la limite de la taille humaine. Il suffit d’observer la distance morale qui sépare petits CP et grands CM2, le manque de "conscience collective" à l’échelle de l’école. Les réunions de classe sont régulièrement le lieu de récriminations des uns envers les autres. On entreprend bien sûr des actions de tutorat grands-petits ou encore ponctuellement des conseils d’école pour resserrer le lien mais le nombre et le cloisonnement de fait ne facilitent pas toujours ce genre d’organisation.
Je sais que des écoles de taille semblable voire supérieure (je pene à Anatole France à Vaulx en Velin) n’ont pas hésité à instituer ces regroupements et décloisonnements de façon régulière. La chose est bien sûr possible, c’est une affaire de volonté pédagogique. Mon propos n’est pas ici d’évoquer les aménagements possibles dans le cadre existant mais bien plutôt de dénoncer les impasses pour ne pas dire les aberrations de celui-ci.

Une communication extérieure moins importante

En outre, au niveau de la communication intra et extra-scolaire, et l’on sait que les CREPSC ont fait de l’introduction de différentes technologies au service de celle-ci un vecteur essentiel du changement pédagogique, j’ai l’impression qu’on assiste à un réel paradoxe. Contre le sens commun, nos grosses écoles, à condition qu’elles pratiquent la communication seraient moins ouvertes sur l’extérieur que les structures bien équipées. Dans ma classe, j’ai le sentiment que la télématique et la télécopie occupent spontanément une place bien moindre que chez nos copains ruraux.
On a d’abord beaucoup à se dire et se découvrir mutuellement entre classes de l’école. "Découvrir et mettre de l’ordre dans sa propre maison" est bien sûr un préalable psychoaffectif mais jusqu’où cela ne devient-il pas un obstacle culturel et politique ? Je pense aux clases de fin de primaire notamment.
A Rennes, la municipalité a fermé en fin d’année dernière un groupe scolaire dont les effectifs périclitaient depuis plusieurs années. De plus de dix classes, elle était descendue à cinq classes. Quelle chance ! Fallait voir l’espace disponible. Mais il est vrai que les enseignants de l’école l’étaient beaucoup moins, disponibles. Et puis, aux yeux de nos gestionnaires municipaux, la désescalade ne pouvait plus durer. Il se trouve que cette école était implantée en ZEP dans un des quartiers les plus difficiles de Rennes. Beaucoup de cas qu’on a redéployés dans les grosses écoles de la ZEP les plus proches. Ca ne pouvait bien sûr qu’arranger leur situation. Exemple parmi d’autres, illustrant la logique de concentration en vigueur tant à la ville qu’à la campagne. Alors que les théories de l’exclusion (mais le simple bon sens suffirait) ont démontré qu’au delà d’un certain seuil quantitatif d’une certaine "densité matérielle" le lien social se délité conduisant les groupes à l’anomie et offrant un terrain propice à l’exclusion. Mais la logique technocratique et la rationalité économique ont la vie dure. Face à cela, la nationalité pédagogique n’a que bien peu de poids.
Depuis le congrès de Pau, nous sommes quelques-uns (instits urbains et suburbains pour la plupart) à avoir un chantier "Pratiques Freinet et défis sociaux". J’ai le sentiment que c’est une problématique largement partagé avec les CREPSC qui ont le mérite d’avoir déjà bien avancé tant dans l’analyse que dans les actions entreprises. Je crois que la revendication en faveur des petites structures devraient devenir aujourd’hui un des leitmotiv politiques du Mouvement Freinet et de tous les mouvements pédagogiques.

Promouvoir des petites structures urbaines

Suivant les lieux d’implantation, je ne vois juste qu’une différence de perspective. Alors que dans le monde rural, il s’agit de sauvegarder les petites structures, il s’agirait de promouvoir celles-ci en milieu urbain. Tendre vers des écoles à 4/5 classes grand maximum. Même l’Education Nationale en récupérant tous les postes de décharge de directeur des grandes structures. Encore que là, vu l’attachement de certains à leur temps de décharge, je ne suis pas sûr que la mesure fasse l’unanimité. Et je sais que ce bouleversement ne pourra s’effectuer sans une révolution mentale dans le monde enseignant à qui l’institution présente depuis longtemps la classe à un seul cours comme la panacée. Pour que de purgatoires, les classes à plusieurs cours accèdent à un statut envié on ne pourra faire une fois de plus l’économie d’une réforme du système de formation mais aussi du système administratif qui devrait justement les valoriser.

Pour terminer, pourquoi ne pas valoriser (instituer ?) dans la suite de ce qui vient d’être dit, des jumelages entre écoles de ville et de campagne. couplés éventuellement avec des rapprochements avec des écoles étrangères, plutôt de pays en développement ? Cela susciterait des découvertes réciproques des réalités respectives, bien nécessaires à l’affermissement de la conscience collective. planétaire.

Pierrick DESCOTTES 04/94